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DEVINEZ QUI
d’après « Les dix
petits nègres »
d’Agatha Christie
« Tout sauf élémentaire, ma chère
Agatha ! »
Miss Murder chez les flics
Les auteurs et les œuvres à succès ont proliféré
par la suite. Qui ne connaît Gaston Leroux, Maurice Leblanc, Georges Simenon,
P.D. James, Ian Fleming, Patricia Highsmith, Frédéric Dard… ? Qui ne serait
tenté d’allonger la liste au gré de ses souvenirs ?
Dans ce véritable panthéon, Agatha Christie
occupe une place de choix. Révélée en 1920 par « La mystérieuse affaire de
Styles », elle a « enfanté » deux « monstres sacrés » : Hercule Poirot et Miss
Marple. La fameuse série du « Masque » (NRF Gallimard) a été inaugurée par « Le
meurtre de Roger Ackroyd » en 1926. Associée au charme désuet de la bourgeoisie
anglaise, la subtilité des intrigues lui a valu un large public de
fidèles.
La pièce
Avant d’être un drame qui accumule les décès, «
Devinez qui » est une énigme savamment mitonnée. Invitées par un couple
mystérieux dans une île qui n’est paisible qu’en apparence, dix personnes,
bientôt réduites à huit, subissent des menaces de mort. Aucun détective, a
priori, parmi elles, donc aucune enquête – sinon collective. Dans cette « drôle
de compagnie » chacun devient suspect pour autrui. Personne n’est à l’abri des
soupçons qui foisonnent. La méfiance universelle est la règle d’or : « Il est
dangereux de croire les gens ». Coupés du monde, les invités se muent en
prisonniers et les prisonniers, au fil du temps, en survivants : « A qui le tour
? » Quant à celui qui tire les ficelles, qui est-il ? Un fou ? Un justicier ? Ou
un fou qui se prend pour un justicier ?… Sans doute est-il présent sur les lieux
de ses multiples crimes…
Cette murder party fournit à la romancière
l’occasion d’afficher son goût pour l’exploit mental, pour l’esprit de déduction
tourmenté par les effets de surprise, pour l’invention des situations où la peur
se savoure comme dans un jeu. Un jeu cruel qui se déroule au rythme d’une
comptine : « Ten little nigger boys went out to dine…
»
Au théâtre ce soir…
Si tous les romans du monde ne se prêtent pas à
une adaptation pour la scène, celui-ci, malgré la part belle faite par l’auteur
au jeu intellectuel, ne présente aucun inconvénient en la matière. On sait
qu’Agatha Christie elle-même a produit la première en date. Ce qui a tenté la
Compagnie Schlippe – et son metteur en scène en particulier -, c’est le
huis-clos qui réunit des personnages bien typés, l’absence d’un détective
susceptible de mettre le public sur la voie, le suspense adroitement maintenu
jusqu’au bout et, d’un point de vue plus pragmatique, une distribution qui
correspond bien au nombre d’actrices et d’acteurs disponibles. Les « nouveautés
» introduites ont essentiellement trait au choix de l’époque (les années 60-70),
au remodelage de certains caractères, au décor tout en courbes et en
diagonales.
En somme, les gastronomes d’un soir auront droit
à un plat traditionnel agrémenté de quelques saveurs du terroir. Enjoy your
meal, ladies and gentlemen !
André Leick
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